dimanche 28 janvier 2018

Les archives du pouvoir

Ci-dessous vous trouverez, la publication des actes relative à la journée d'études sur les Archives du pouvoir organisée par la promotion Master 2 MATA 2016-2017. 


http://pdf.lu/qxEl

lundi 18 décembre 2017

Comme un ours mal léché

Les ours, bruns ou blancs, sont d’impressionnantes icônes populaires et compensent leur aspect pacifique par un instinct de prédateur orné de griffes et de crocs de grandes tailles. Ils bénéficient en outre d'un capital de sympathie à peine entamé par les quelques terribles accidents mortels dont ils sont responsables depuis le XIX siècle.

Photographie de la société des antiquaires de Picardie, Le montreur d'ours - 14Fi70/54 ; N CH 699 - Plaque de verre, négatif noir & blanc - 9 x 12 cm


Autrefois abondant en Europe, l'ours se prête plutôt bien aux exercices que lui inculquent, souvent dans la douleur, ses premiers maîtres.
En effet, pendant longtemps la meilleure manière d'apprendre à danser à un ours s'est bornée à le placer sur une plaque de métal chauffée par le dessous. Ainsi pour tenter d'éviter les brûlures, l'animal se dresse naturellement sur ses pattes postérieures et esquisse, du point de vue du dresseur, ce qui ressemble à une danse. Il ne faut pas très longtemps pour que la malheureuse bête assimile le lien entre musique, chaleur et douleur.

De plus, les facultés d'apprentissage de la douce créature, sa bonhomie, son allure touchante et pataude, ont largement contribué à effacer sa sauvagerie auprès du public et bien peu de spectateurs l'assimilaient, au bout du compte, à un fauve.

Par ailleurs, les chevaux, les ours, les singes et, dans une moindre mesure, les chiens, ont été longtemps les partenaires traditionnels des tziganes. Peu exigeants, faciles à entretenir, résistants aux conditions les plus rudes, ces animaux sont devenus emblématiques du voyage et la plupart des gravures qui illustrent l'existence de ces compagnies errantes montrent l'une ou l'autre de ces bêtes devenues à leur tour, au même titre que la musique et la bonne aventure, des symboles précieux du peuple tzigane. Il est resté un efficace partenaire pour les circassiens et les forains qui semblent avoir pris le relais des tziganes à la fin du XIX siècle.


Le saviez-vous?

Le poil de l'ours blanc n'est pas blanc mais translucide. C'est la réflexion de la lumière qui donne la couleur blanche à son pelage. Sa peau est quant à elle noire afin d'absorber au mieux la lumière pour conserver au maximum la chaleur solaire, mais ne se voit pas sous son épaisse fourrure.  

dimanche 3 décembre 2017

Journée internationale des handicapés

Dès 1801-1802, Louis-Claude Petit de l'Ecole de Médecine de Paris, évoque dans sa thèse que l'amputation est sans nul doute l'opération chirurgicale recquierant le plus de connaissance de la part du médecin opérant. Elle ne nécessite effectivement pas que dextérité et rapidité d'action de sa part, ce dernier doit aussi savoir juger sainement du besoin réel d'une telle opération, déterminer le moment le plus favorable à sa réalisation ou encore choisir le protocole le plus adapté.

Un cul-de-jatte à côté de l'Ecce Homo, rue Dumont-d'Urville à Cayeux-sur-Mer - 14Fi4/19 P ROS 4/19 (1900-1910) - Photographie noir & blanc - 13 x 18cm.


Le danger de l'amputation, compétence du chirurgen mis à part, réside dans les accidents qui en résultent : la douleur post-opératoire, l'inflammation exaltant la sensibilité de la zone amputée, la suppuration des ligaments et des nerfs, ou encore les désordres circulatoires occasionnés par le reflux sanguin.

Les opérants ne doivent jamais s'écarter d'une règle fondamentale ayant mis du temps à être pleinement assimilée par les corps médicaux : pour ce type de chirurgie, il ne faut jamais emporter d'autres parties en plus de celles qui méritent d'être sectionnées. L'amputation ne doit être qu'une ultime ressource pour conserver la vie du malade. Il est notamment arrivé qu'une jambe entière soit amputer lorsqu'il n'y avait qu'une partie du pied qui était affectée. Les chirurgiens ont d'ailleurs souvent prononcé en diagnostic que les entorses, les caries, les ankiloses ou encore les impacts de balles ou d'éclats de bombes exigeaient l'amputation. Une partie cependant s'est élevée contre la pratique abusive de cette opération.

De plus, le chirurgien Germain Leviels expose dans son essai de 1802-1803 que les cas d'amputation pour des blessés par balle, notamment aux membres inférieurs, doivent êtres précisement restreints. Selon lui, c'est surtout la profondeur de la balle et la complexité de la blessure qui déterminent l'aval ou non d'une amputation. Au niveau de l'articulation du genou, la destruction de vaisseaux sanguins dont les artères, couplée à des fractures trop fragmentées du trio fémur-rotule-tibia, peut justifier la section du membre.


Le saviez-vous?
Douglas Bader eut un accident de voltige en 1931, ce qui lui valut une amputation des deux jambes. Grâce à des prothèses en aluminium, il devint l'un des plus grands pilotes anglais de la Seconde Guerre mondiale avec 22 victoires confirmées. Prisonnier en 1941, il reçu une nouvelle paire de prothèses au cours d'un bombardement mais ses geôliers finirent par les lui confisquer à cause de ses tentatives d'évasion.

mercredi 29 novembre 2017

Å vol d'oiseau

À l'origine, comme les ballons utilisés dès la fin du xviiie siècle lors des guerres de la Révolution française puis pendant la guerre franco-prussienne, l'aviation devait n'être utilisée qu'en survol de reconnaissance des lignes ennemies. C'est la Première Guerre mondiale qui donnera naissance à l'aviation de guerre.

Soldats autour d'un avion de chasse allemand (Guerre 14-18). Cote 35FI458 - Archive photographique de la société photographique et cinématographique de Picardie. Archives départementales de la Somme. Plaque de verre simple 8.8x6.4 cm

Si l’année 1914 révèle le potentiel de l’aviation dans d’autres domaines que celui de l’observation, l’année 1915 signe l’année des expérimentations et de l’organisation de cette nouvelle technologie au service de la guerre. Les escadrilles vont se spécialiser selon les missions (observation, bombardement, chasse…), les aviateurs perfectionnent leurs techniques et les avions bénéficient d’un progrès sans cesse croissant.
Au commencement de la bataille de la Somme en juillet 1916, la plupart des escadrons du  Royal Flying Corps (RFC) étaient encore constitués de modèles BE.2c qui s'étaient révélés être des cibles faciles pour les Eindeckers allemands. D’autant plus que les nouveaux modèles britanniques comme le Sopwith 1½ Strutter étaient encore trop peu nombreux et les nouveaux pilotes furent envoyés au front avec seulement quelques heures de vol.
La supériorité aérienne alliée fut maintenue durant la bataille et inquiéta le haut-commandement allemand. La réorganisation complète de la Luftstreitkräfte mena à la création de bombardiers stratégiques qui bombardèrent le Royaume-Uni en 1917 et 1918 et à celle des escadrons d'attaque au sol qui se distinguèrent à la bataille de Cambrai et durant la seconde bataille de la Marne. Cette réorganisation permit surtout la création des unités de chasse spécialisées. À la fin de l'année 1916, ces unités détentrices du tout nouveau Albatros D.III rétablirent la supériorité aérienne allemande bien qu'elles aient été formées une année après leurs équivalents britanniques et français.
Durant la Grande Guerre, l'armée de l'air allemande utilisa une grande variété d'aéronefs dont les avions de chasse. Ces derniers déchaînèrent le plus les passions grâce aux « as » comme Manfred von Richthofen, surnommé le « Diable rouge » par les français, « Red Baron » par les britanniques. L’Allemagne développe en moyenne à l'époque un nouveau modèle tous les 6 mois  et l’assortit d’un moteur différent.
Enfin, jusqu'en 1918, tous les avions de l'armée allemande, ainsi que ceux de l'armée d'Autriche-Hongrie, porteront l'insigne de la Croix de fer, puis une croix formée de deux poutres droites, un insigne qui deviendra très familier pendant le IIIe Reich. À la suite de l'Armistice en novembre 1918 et comme prévu par le traité de Versailles, l'armée de l'air allemande est dissoute et ses avions militaires détruits.


Le saviez-vous ?
Lorsqu'un avion ou un bateau est en détresse, l'usage radio-téléphonique est de prononcer "Mayday". Ce mot est en fait une déformation de la phrase française "Venez m'aider", qui aurait été prononcée par un pilote français en détresse et qui fut comprise par l'opérateur anglais sous le terme "Mayday".

mardi 21 novembre 2017

Hissez haut Santiano !

En cette journée mondiale des artisans et travailleurs de la mer, un petit article sur la pêche et les voiliers s’impose afin d’honorer ces ouvriers du Grand Bleu. 


Petit voilier dieppois "immatriculé DI 460" le long le quai des marchandises. Plaque de verre - positif couleur. Archives départementales de la Somme. 19Fi9


Dès le début du XIXe siècle, la vapeur entre en lutte avec la voile aussi bien pour le commerce que dans la marine de guerre. C'est d'ailleurs seulement les marines de guerre qui ont les moyens de construire des navires à propulsion par vapeur. Qui plus est, rapidement les navires militaires deviennent trop lourds pour les manœuvres à voile à cause de l'armement auquel s'ajoute désormais le blindage. La marine de commerce reste quant à elle fidèle plus longtemps à la voile. 

Il faut attendre la vieille de la Seconde Guerre mondiale pour que les derniers grands voiliers disparaissent. Cependant les voiliers de petite taille perdurent localement pour la pêche ainsi que pour la plaisance (qui s'étend aux classes populaires). D'ailleurs, l'ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Rouen en 1842 puis son prolongement au Havre en 1847 ouvre les portes du "yachting" aux voyageurs parisiens. 

Plus localement, le Tréport ainsi que Mers-sur-Bains étaient des ports adaptés pour le cabotage comme pour les transports sur de grandes distances. Ils offraient un abri sûr contre le mauvais temps car ils ont été aménagés dans des rades. Si les navires manquaient le port de Dieppe, ils risquaient d'être poussés par les vents d'aval jusqu'à l'entrée du Pas-de-Calais. 

Ce sont alors les voiliers les plus petits (comme celui présent sur la photographie) qui servent principalement à la pêche ou pour le cabotage, c'est-à-dire le transport de marchandises sur de petites distances le long de la côte. Ces voiliers portent généralement un ou deux mâts : ce sont des sloops et des cotres (un seul mât), des ketchs et des goélettes (deux mâts).



Le saviez-vous ? 
Le lapin est un animal maudit dans la marine et il est interdit de prononcer ce mot sur les bateaux. Cette superstition vient de l'époque où les marins emportaient à bord des animaux vivants (dont des lapins), pour pouvoir les manger pendant les longues traversées. Les lapins s'échappaient parfois, et rongeaient les cordages ou la coque, provoquant des catastrophes à bord.

mardi 14 novembre 2017

Winter is coming

La région de l'Oise et plus particulièrement la ville de Creil a connu plusieurs hivers rudes à la fin du XIXe siècle. En 1871-72, et plus tard celui de 1895 présenté sur la photographie. 




Mais c'est certainement le désastreux hiver de 1879-1880 qui restera le plus marquant et celui comportant le plus de sources historiques. Il commença dès novembre et au 3 décembre, le thermomètre accusait déjà -7°C. Le lendemain, une tempête de neige intense débuta au matin paralysant de plus en plus les trains au cours de la journée, si bien que plus aucun train ne pouvait circuler le matin. Le personnel mit alors des jours à déblayer les voies sans cesse encombrées par de nouvelles tempêtes de neige.

Ainsi, même avec quelques légères accalmies, des irrégularités, désespérantes pour les voyageurs, durèrent pendant un mois et des entraves commerciales eurent lieu sur près de 5 mois suivant la tempête. Il est vrai qu’entre le 8 et le 27 décembre, le thermomètre affichait entre -8°C et -10°C le jour et jusqu’à -27°C la nuit. Enfin, les derniers jours de décembre le temps s’est radoucit. La pluie se mit à tomber et l’illusion d’un printemps anticipé fut évoquée.

Cependant, dès le 5 janvier 1880 le froid reparut avec -10°C pour le reste du mois. Durant toute cette période la rivière de l’Oise gela si profondément que chacun pouvait la traverser à pieds sans le moindre danger. Cet hiver fit même cesser le travail alors que dans le même temps les besoins augmentaient. Des dons charitables et des quêtes furent nécessaires pour atténuer la misère. Après la fonte des neiges l’étendu des désastres fut évalué : les arbres de toute espèce avaient été entièrement gelés. Le froid avait également tué beaucoup d’oiseaux, de gibiers et de bêtes de basse-cour. 

Heureusement, ces neiges abondantes ayant marqué les esprits, fondèrent lentement préservant ainsi la ville du risque d’inondation auquel elle est déjà habituellement exposée. En effet, ordinairement l’Oise débordait en hiver et inondait pendant plusieurs mois les marais qui s’étendent sur sa rive gauche depuis Gouvieux jusqu’au-delà du Lys. 

Le saviez-vous?
L’anecdote peut paraître surprenante mais l’auteur de « L’Ile au trésor » (1883) a bel et bien visité Creil. En 1878, l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson publie « En canoë sur les rivières du Nord », dans lequel il relate son voyage fluvial, de la Belgique à Pontoise. Sous le charme, l’auteur livre une description de l’église Saint-Médard. « L’intérieur (...) était indescriptible, éclaboussé de lumière crues tombant des fenêtres et décoré de médaillons représentant la voie douloureuse.

Creil _5Fi1470_Groupe d'hommes cassant la glace de la rivière Oise gelée, à l'arrière-plan, le pont de fer (février 1895). Photographie de Charles Commessy. Archives Départementales de l'Oise.

mardi 7 novembre 2017

La mendicité au XIX siècle

Depuis longtemps la mendicité a été perçue comme un problème sociétaire récurrent. Entre l'Antiquité et les temps modernes, de nombreuses lois, édits et ordonnances ont été mis en place pour faire travailler les indigents qui constituaient une majeure partie des mendiants.

14Fi58 Arrestation d'un mendiant par deux gendarmes à cheval (1899)
Fonds de la société des Antiquaires de Picardie
Archives départementales de la Somme.

Dans cette perspective Napoléon Ier promulgue le 5 juillet 1808 un décret répressif ordonnant l'installation de dépôts de mendicité dans l'ensemble de l'Empire. Les mendiants, vagabonds et prostitués y sont enfermés et avec la loi des 16-26 février 1810, la mendicité est considérée comme un délit par le code pénal.

Localement, l'administration de la Somme tente, au XIXe siècle, de trouver des moyens pour éteindre le fléau des mendiants. Dès 1844, un arrêté préfectoral interdit l'acte de mendicité dans le département et prévoit l'arrestation puis l'emprisonnement au dépôt de Montreuil-sous-Laon.
Il est vrai que les bureaux de bienfaisance constituent le seul secours d'assistance aux mendiants, il n'y en a cependant pas à Amiens. La ville ne possède que des hospices d'accueil pour les vieillards indigents et les incurables. Ainsi, en 1899, 39 500 affaires de vagabondage sont dénombrées.

Un autre problème sous-jacent évoqué durant ce siècle est la fausse mendicité. Georges Berry, député du 9e arrondissement de Paris, publie en 1897 un rapport de ses expériences personnelles à ce sujet. Il y place les mendiants sans apprêt, différenciés de trois autres catégories mensongères : les invalides regroupant les vrais malades qui vivent de rentes et les faux invalides usant de simulations corporelles ;  les « truqueurs » qui prétendent devoir enterrer un enfant ou encore avoir besoin de vêtements pour une embauche ;  et enfin les adeptes de la mendicité déguisée (diseuses de bonne aventure, saltimbanques, vendeurs de rue ou encore loteries truquées). 


Le saviez-vous?
Le baron James de Rothschild s'est déguisé en mendiant pour servir de modèle à Eugène Delacroix. Un élève pauvre du peintre est rentré dans l'atelier et a pris le baron pour un nécessiteux. Il lui offrit une pièce de 40 sous. Conscient de la pauvreté de l'élève, Rothschild le convia à sa banque pour lui offrir 10 000 Francs afin qu'il puisse finir ses études de peinture.