mardi 21 novembre 2017

Hissez haut Santiano !

En cette journée mondiale des artisans et travailleurs de la mer, un petit article sur la pêche et les voiliers s’impose afin d’honorer ces ouvriers du Grand Bleu. 


Petit voilier dieppois "immatriculé DI 460" le long le quai des marchandises. Plaque de verre - positif couleur. Archives départementales de la Somme. 19Fi9


Dès le début du XIXe siècle, la vapeur entre en lutte avec la voile aussi bien pour le commerce que dans la marine de guerre. C'est d'ailleurs seulement les marines de guerre qui ont les moyens de construire des navires à propulsion par vapeur. Qui plus est, rapidement les navires militaires deviennent trop lourds pour les manœuvres à voile à cause de l'armement auquel s'ajoute désormais le blindage. La marine de commerce reste quant à elle fidèle plus longtemps à la voile. 

Il faut attendre la vieille de la Seconde Guerre mondiale pour que les derniers grands voiliers disparaissent. Cependant les voiliers de petite taille perdurent localement pour la pêche ainsi que pour la plaisance (qui s'étend aux classes populaires). D'ailleurs, l'ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Rouen en 1842 puis son prolongement au Havre en 1847 ouvre les portes du "yachting" aux voyageurs parisiens. 

Plus localement, le Tréport ainsi que Mers-sur-Bains étaient des ports adaptés pour le cabotage comme pour les transports sur de grandes distances. Ils offraient un abri sûr contre le mauvais temps car ils ont été aménagés dans des rades. Si les navires manquaient le port de Dieppe, ils risquaient d'être poussés par les vents d'aval jusqu'à l'entrée du Pas-de-Calais. 

Ce sont alors les voiliers les plus petits (comme celui présent sur la photographie) qui servent principalement à la pêche ou pour le cabotage, c'est-à-dire le transport de marchandises sur de petites distances le long de la côte. Ces voiliers portent généralement un ou deux mâts : ce sont des sloops et des cotres (un seul mât), des ketchs et des goélettes (deux mâts).



Le saviez-vous ? 
Le lapin est un animal maudit dans la marine et il est interdit de prononcer ce mot sur les bateaux. Cette superstition vient de l'époque où les marins emportaient à bord des animaux vivants (dont des lapins), pour pouvoir les manger pendant les longues traversées. Les lapins s'échappaient parfois, et rongeaient les cordages ou la coque, provoquant des catastrophes à bord.

mardi 14 novembre 2017

Winter is coming

La région de l'Oise et plus particulièrement la ville de Creil a connu plusieurs hivers rudes à la fin du XIXe siècle. En 1871-72, et plus tard celui de 1895 présenté sur la photographie. 




Mais c'est certainement le désastreux hiver de 1879-1880 qui restera le plus marquant et celui comportant le plus de sources historiques. Il commença dès novembre et au 3 décembre, le thermomètre accusait déjà -7°C. Le lendemain, une tempête de neige intense débuta au matin paralysant de plus en plus les trains au cours de la journée, si bien que plus aucun train ne pouvait circuler le matin. Le personnel mit alors des jours à déblayer les voies sans cesse encombrées par de nouvelles tempêtes de neige.

Ainsi, même avec quelques légères accalmies, des irrégularités, désespérantes pour les voyageurs, durèrent pendant un mois et des entraves commerciales eurent lieu sur près de 5 mois suivant la tempête. Il est vrai qu’entre le 8 et le 27 décembre, le thermomètre affichait entre -8°C et -10°C le jour et jusqu’à -27°C la nuit. Enfin, les derniers jours de décembre le temps s’est radoucit. La pluie se mit à tomber et l’illusion d’un printemps anticipé fut évoquée.

Cependant, dès le 5 janvier 1880 le froid reparut avec -10°C pour le reste du mois. Durant toute cette période la rivière de l’Oise gela si profondément que chacun pouvait la traverser à pieds sans le moindre danger. Cet hiver fit même cesser le travail alors que dans le même temps les besoins augmentaient. Des dons charitables et des quêtes furent nécessaires pour atténuer la misère. Après la fonte des neiges l’étendu des désastres fut évalué : les arbres de toute espèce avaient été entièrement gelés. Le froid avait également tué beaucoup d’oiseaux, de gibiers et de bêtes de basse-cour. 

Heureusement, ces neiges abondantes ayant marqué les esprits, fondèrent lentement préservant ainsi la ville du risque d’inondation auquel elle est déjà habituellement exposée. En effet, ordinairement l’Oise débordait en hiver et inondait pendant plusieurs mois les marais qui s’étendent sur sa rive gauche depuis Gouvieux jusqu’au-delà du Lys. 

Le saviez-vous?
L’anecdote peut paraître surprenante mais l’auteur de « L’Ile au trésor » (1883) a bel et bien visité Creil. En 1878, l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson publie « En canoë sur les rivières du Nord », dans lequel il relate son voyage fluvial, de la Belgique à Pontoise. Sous le charme, l’auteur livre une description de l’église Saint-Médard. « L’intérieur (...) était indescriptible, éclaboussé de lumière crues tombant des fenêtres et décoré de médaillons représentant la voie douloureuse.

Creil _5Fi1470_Groupe d'hommes cassant la glace de la rivière Oise gelée, à l'arrière-plan, le pont de fer (février 1895). Photographie de Charles Commessy. Archives Départementales de l'Oise.

mardi 7 novembre 2017

La mendicité au XIX siècle

Depuis longtemps la mendicité a été perçue comme un problème sociétaire récurrent. Entre l'Antiquité et les temps modernes, de nombreuses lois, édits et ordonnances ont été mis en place pour faire travailler les indigents qui constituaient une majeure partie des mendiants.

14Fi58 Arrestation d'un mendiant par deux gendarmes à cheval (1899)
Fonds de la société des Antiquaires de Picardie
Archives départementales de la Somme.

Dans cette perspective Napoléon Ier promulgue le 5 juillet 1808 un décret répressif ordonnant l'installation de dépôts de mendicité dans l'ensemble de l'Empire. Les mendiants, vagabonds et prostitués y sont enfermés et avec la loi des 16-26 février 1810, la mendicité est considérée comme un délit par le code pénal.

Localement, l'administration de la Somme tente, au XIXe siècle, de trouver des moyens pour éteindre le fléau des mendiants. Dès 1844, un arrêté préfectoral interdit l'acte de mendicité dans le département et prévoit l'arrestation puis l'emprisonnement au dépôt de Montreuil-sous-Laon.
Il est vrai que les bureaux de bienfaisance constituent le seul secours d'assistance aux mendiants, il n'y en a cependant pas à Amiens. La ville ne possède que des hospices d'accueil pour les vieillards indigents et les incurables. Ainsi, en 1899, 39 500 affaires de vagabondage sont dénombrées.

Un autre problème sous-jacent évoqué durant ce siècle est la fausse mendicité. Georges Berry, député du 9e arrondissement de Paris, publie en 1897 un rapport de ses expériences personnelles à ce sujet. Il y place les mendiants sans apprêt, différenciés de trois autres catégories mensongères : les invalides regroupant les vrais malades qui vivent de rentes et les faux invalides usant de simulations corporelles ;  les « truqueurs » qui prétendent devoir enterrer un enfant ou encore avoir besoin de vêtements pour une embauche ;  et enfin les adeptes de la mendicité déguisée (diseuses de bonne aventure, saltimbanques, vendeurs de rue ou encore loteries truquées). 


Le saviez-vous?
Le baron James de Rothschild s'est déguisé en mendiant pour servir de modèle à Eugène Delacroix. Un élève pauvre du peintre est rentré dans l'atelier et a pris le baron pour un nécessiteux. Il lui offrit une pièce de 40 sous. Conscient de la pauvreté de l'élève, Rothschild le convia à sa banque pour lui offrir 10 000 Francs afin qu'il puisse finir ses études de peinture.



vendredi 27 octobre 2017

Journée mondiale du patrimoine audiovisuel : Ça tourne, action!


Bien avant la découverte du cinéma, les images avaient déjà appris à défiler. Des visionnaires utilisèrent leurs connaissances scientifiques pour expérimenter sur les effets de la lumière ou les lois de l'espace afin de réaliser le rêve d'une image qui bouge ou se transforme de façon surprenante.

Archives départementales de la Somme - Documents isolés des Archives municipales de Cayeux-sur-Mer - Papier à en tête

Louis Lumière, considéré comme le fondateur du cinéma en France grâce à son invention du cinématographe qui a écrasé tout autre appareil similaire, cité à l'époque comme « le plus perfectionné des appareils à projections animées couvrant 20m² » et permettant de « représenter des scènes de la vie réelle en grandeur naturelle ainsi que des tableaux animés atteignant un degré de netteté et de fixité qui ne fatigue pas la vue des spectateurs ». Louis et son frère, Auguste seront même décorés de l’ordre de St Anne de Russie par le tsar Nicolas II pour leur merveilleuse découverte. 

Le répertoire de projections des débuts du cinéma est aux antipodes de nos productions contemporaines. En 1895 il n’y a ni effets spéciaux, ni cascadeurs, seulement des scènes de la vie réelle, de la prestidigitation ou encore des corps de ballet. 

Cela n’empêchera pas Georges Meliès, réalisateur de films français et illusionniste d'ouvrir de nouvelles possibilités pour cette invention puisqu’il sera le premier, en 1897, a fonder une industrie sur la production et la vente de films alors que les priorités jusque là concernaient seulement la bonne marche d’appareils sur le marché.

En parallèle et pendant que les découvertes et innovations techniques permettent de modifier peu à peu les procédés de mise en scène, la masse croissante des spectateurs assure la rentabilité de films de plus en plus ambitieux et coûteux. Dans le même temps l’intégration progressive d’un public bourgeois, relativement cultivé, suscita des exigences de plus en plus grandes car encore muet autour de 1900, le cinéma est alors le « théâtre du pauvre » avec un public issue du prolétariat. Par la suite, la mise en place de salles dédiées aux projections a d’abord profité à une clientèle relativement aisée. Ce n’est que beaucoup plus tard que ces installations profitèrent au grand public populaire qui se contentait jusqu’alors que de projections foraines.

Plus tard au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’année 1919 a signé un changement de visage pour le cinéma français : le long-métrage remplace les projections « fourre-tout » et pouvant aller jusqu’à 8h de représentation. Durant les années 1930, le cinéma français s’épanouit encore d’avantage via de nouveaux apports étrangers : des cinéastes russes ou encore allemands exilés ou fuyants leur pays. Toutefois, une rupture nette mis fin à cette période faste, en effet seuls quelques films mineurs sont produits en parallèle des films nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. 

Il faudra attendre l’année 1950 et ses 117 films pour constater un grand retour du 7ème art sur le devant de la scène. Le cinéma se diversifie et les années 1960-1979 attestent d’un renouveau certain avec le label « Nouvelle vague » qui s’étend rapidement aux nombreuses productions un tant soit peu qualifiées d’anticonformistes. Enfin, les années 1980-2000 voient les réalisateurs se pencher davantage sur des œuvres intimistes et introspectives mais qui seront peu à peu reléguées au second plan face à la montée en puissance de la mécanique américaine, les films à très gros budgets et leurs effets spéciaux de plus en plus réalistes crevant l’écran.

C’est aussi durant ces décennies qu’est créé le festival du film d’Amiens à l’initiative d’un groupe de jeunes étudiants cinéphiles. Il s’agit maintenant d’une référence internationale en matière de programmation et comptant parmi les 5 plus grands festivals du film en France.
→ http://www.filmfestamiens.org/ 

Le saviez-vous ?
Les cris de brachiosaures dans le film Jurassic Park sont une combinaison de cris d’âne et de baleine.

lundi 16 octobre 2017

Journée mondiale de l'alimentation : "La fabrication du pain"

Nous commençons notre première série de publications en fêtant la journée mondiale de l'alimentation ! Et pour illustrer cela nous vous présentons une photographie sur plaque de verre datant du XIXe siècle : "La fabrication du pain" provenant du fonds photographique de la Société des Antiquaires de Picardie conservée aux Archives départementales de la Somme.


Cote : 14FI49/36.
Auteur : le photographe Riquier.
Dimensions : 8 x 9 cm.








"Un artisanant plutôt ancien"


Ne nécessitant que peu d'ingrédients (farine et eau), le pain est devenu depuis le Moyen-Âge principalement un élément fondamental de l'alimentation occidentale.
La technique de fabrication du pain est aujourd'hui issue d'une évolution s'étalant sur plusieurs siècles. Durant l'Antiquité, les égyptiens, les mésopotamiens ou encore les grecs ainsi que les romains, mettent au point une bouillie de céréales humidifiées et légèrement fermentées pour la pétrir et la cuir.


La Basse-Egypte est à l'époque une importante région céréalière et sa connaissance dans l'art de création du pain est susceptible de remonter à au moins 5000 ans. Cet aliment a même un intérêt pour le monde des morts puisqu'il était disposé dans les sépultures en tant que nourriture pour les défunts dans l'au-delà.
Les grecs font quant à eux partis des premiers à installer le four dans la vie quotidienne, mais à cause des risques d'incendies, des fours publics gérés par des fourniers sont rapidement mis en place. Le modèle se diffusera dans d'autres pays.


Une activité boulangère professionnelle se développe tout de même sur les marchés de l'époque, les artisans sont alors regroupés sous forme de corporations ou de collèges réglementés sur plusieurs aspects du métier dont l'apprentissage et la surveillance des flux de marchandises.


Ce sont les conquêtes romaines qui apportèrent sur notre territoire les premiers fours et les premiers moulins nécessaires à la fabrication de pain. Qui plus est, ces derniers allaient même jusqu'à faire venir d'Athènes de nombreux artisans du pain tellement leur renommée était grande.


Cependant, le pain est majoritairement resté au Moyen-Âge, une "recette" issue des foyers. Chaque ménage préparait sa pâte et la faisait cuir par un fournier qui finit par être partiellement détrôné par des commerçants réalisant l'ensemble de la chaîne artisanale. En effet, les corporations de talmeliers (nom donné à cette époque) obtiennent le droit de posséder leurs propres fours grâce à une ordonnance émise par Philippe Le Bel en 1290.


Les deux métiers continuent d'exister conjointement, les fourniers conservent de leur côté un droit de vente des pains laissés dans leurs fours, et c'est de ces deux activités artisanales que la profession de boulanger est née. Elle s'est normée de plus en plus au cours des siècles et a diversifié au fur et à mesure ses productions en incluant des produits régionaux autres que les siens.


Aujourd'hui, l'hygiène est l'une des principales considérations en matière d'alimentation. Les boulangeries n'y échappent pas : plus de chiens dans les établissements. Le pain c'est bon, sans poils ou puces, c'est meilleur.




Le saviez-vous : Pourquoi une superstition populaire veut que poser le pain du côté gonflé porterait maheur ?



Au Moyen-Âge le bourreau étant un homme occupé lors des jours d'exécution, il n'avait pas forcément le temps d'aller chercher son propre pain aux heures de productions journalières. Ainsi, le talmelier de l'époque mettait un pain de côté pour le remettre plus tard au bourreau et il le retournait pour attester de sa réservation. Dans un foyer, cette pratique revenait alors à inviter le bourreau chez soit et avec les déformations au fil du temps : un certain malheur, de mauvais présages, voire une présence diabolique.

dimanche 15 octobre 2017

Une nouvelle façon de communiquer


Bonjour à toutes et à tous!

L'association PicArchives souhaiterait vous présenter dès maintenant et jusqu'à juin 2018 une série de publications culturelles majoritairement en lien avec les journées mondiales ou internationales. 

A défaut du travail bi-annuel des anciens M2, il a été décidé cette année d’être plus présent sur les réseaux sociaux de l’association, dans un souci d'investissement et de temps en raison de la préparation de notre exposition et de notre table ronde pour janvier 2018.

Ces publications hebdomadaires mettront en avant un document iconographique picard sélectionné par nos soins dans les différents services d'archives départementaux de la région, associé à des anecdotes ou à un contenu de vulgarisation historique plus large ainsi qu'à une rubrique "Le saviez-vous ?". 

Nous commençons dès demain avec la journée mondiale de l'alimentation et un document tiré du fonds de la Société des Antiquaires de Picardie des Archives Départementales de la Somme. 

Twitter de l'association : https://twitter.com/picarchives?lang=fr

lundi 29 mai 2017

Journée d'Etude 2017



Bonjour à tous, 

Comme vous le savez, la journée d’Etude organisée par la promotion du Master 2 MATA arrive à grands pas. Après vous avoir montré en avant-première l’affiche de cette journée sur les archives du pouvoir, voici le programme de celle-ci ainsi que la liste des intervenants y participant.

Un programme riche vous attend avec cette année la participation de plusieurs  intervenants à une table ronde sur la collecte et la communicabilité des archives du pouvoir.

Venez nombreux et n’oubliez pas de réserver, nous vous attendons le 14 juin 2017 à la faculté de droit à Amiens !